Les péchés mignons d’Essen

9-10 avril 2010

p1000429_retC’est le titre que me vient à l’esprit en repensant aux deux jours que nous avons passés à Techno-Classica 2010, l’impressionnant rendez-vous printanier de tout ce qui touche à la voiture ancienne. Il y en a pour tous et tous les goûts, pour les gourmands et les gourmets. Deux jours suffisent à peine à nous rassasier et le marathon ne prend fin qu’au moment où nos jambes demandent grâce.

p1000604Pour ne pas rater l’ouverture, pas de secret : il faut démarrer tôt. Nous n’avions pas le souvenir d’un départ aussi matinal pour les dernières éditions, mais le temps de récupérer les participants le long du parcours, un petit café à Barchon pour la dernière étape de la tournée ramassage, et nous serons juste à temps pour être dans les starting-blocks, après avoir été délestés de 20 € à titre de sésame et avoir été prévenus que le parking sera facturé non moins de 8 €. Bigre, le prix est à la hauteur de l’événement !

On fonce chez Audi… et les concurrents traditionnels

essen2010_194Vu la foule déjà compacte, le mieux à faire dès l’ouverture est de filer droit vers le stand Audi tout au bout des palais sans se laisser distraire par toutes les merveilles qui s’étalent devant nos yeux. Et là, grosse surprise, Audi a manifestement sabré dans le budget : surface réduite de moitié, avec quatre voitures présentées, pas une de plus. Pour les 30 ans de la quattro, on s’attendait à mieux, comme par exemple la chaîne cinématique nue telle qu’Audi l’avait exposée en son temps. Les quatre élues sont une des premières ur-quattro, une V8 qui soit dit en passant fêtait ses 20 ans, une S2 et une RS2 qui souffle ses 15 bougies cette année.  Juste à-côté, les clubs exposent eux aussi, mais la place est comptée. On trouve pêle-mêle Audi, NSU et DKW, difficile dans ces conditions de mettre en valeur les différents modèles. Vous l’aurez compris, le stand Audi sera la grosse déception de l’année. Très amusant aussi le sourire forcé des hôtesses prétendant être à court de l’édition limitée de la miniature de V8 alors qu’entre deux ouvertures de porte, nous en avions repéré une rangée dans l’arrière-boutique.

essen2010_205Juste à-côté, Skoda devenait un rival dangereux, et que dire alors du vaste stand VW en face, qui fêtait les 25 ans de syncro en exposant Transporter et Golf Country? Vaste, varié et lumineux, même si on peut regretter que la Cox se taille la part du lion avec de (trop?) nombreuses réalisations de carrossiers, souvent réussies mais parfois un peu étranges. Cette année, la VW méconnue était la K70 avec trois exemplaires exposés. La K70, modèle récupéré chez NSU, avait marqué la révolution du passage au tout à l’avant chez VW. Gâterie pour les fans d’Audi que nous sommes, VW expose un tas de sable et de cailloux…  sur lequel trône l’Iltis victorieuse du Dakar 1980.

p1170021Après cela, la comparaison avec les deux autres Allemands de prestige ne peut être que cruelle. Nous avons pleuré chez BMW, qui présentait une riche collection allant de la 328 des mille miglia à la 520i de 1990 malgré des moyens visiblement réduits par rapport aux éditions précédentes. Mon truc, vous le savez, ce sont les berlines, coup de cœur pour la 502 des années 50 et son V8, trop souvent laissée dans l’ombre mais bien présente ici. Autre coup de cœur pour les Mini, dont on pouvait admirer les différentes déclinaisons, ne manquait à l’appel que la curieuse version tri-corps Riley des années 60.

Mercedes reste pareil à lui-même année après année. Mercedes, c’est le stand des superlatifs: à vue de nez la moitié d’un terrain de football couverte de moquette ivoire où on enchaîne comme des perles sur un collier classiques des années 30, mythique 300SL, berlines et cabriolets de toutes les époques pour finir par les plus récentes supercars. Je ne sais pas combien de clubs sont représentés, chaque modèle a le sien, mais tous sont parfaitement intégrés à la structure mise en place par la maison-mère. Il y a manifestement de la fierté de la part de Mercedes d’intégrer les clubs et inversement de la part des clubs de faire partie d’une telle machine de guerre. On en connaît qui devraient en prendre de la graine.

Et les autres…

p1170149_ret1Surprise chez les Français, Peugeot et Citroën étaient représentés certes modestement, mais avec des choses sortant de l’ordinaire, comme la SM présidentielle carrossée par Chapron, un des prototypes M35 à mécanique Wankel et le prototype d’un Coupé 505 jamais mis en production. Ford aussi était bien sympa avec ses Taunus, Granada, Capri et autres, et puis il y a l’étage et les clubs de youngtimers, dont le clou kitschissime est toujours le stand des productions de l’Est à deux et quatre roues. Cette fois, l’entrée en la matière était une Tatra victime d’un incendie lors d’un treffen dans les années 80, suivie d’une Trabant ayant bourlingué dans toute l’Europe, et enfin le grand looping où se poursuivent les Jawa et IFA à deux roues. Coup de cœur pour la Wartburg 311, aussi agréable à l’œil à l’extérieur qu’à l’intérieur. On se demande comment Wartburg a pu régresser à ce point sur les modèles suivants. Autre mention pour le club Opel toujours étonnant, cette année sur fond d’encrier et de tableau noir.

Pour 100.000€, t’as plus rien

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C’est incontestablement la partie la plus impressionnante de Techno Classica : les stands des restaurateurs et des vendeurs spécialisés en voitures anciennes où on trouve les objets les plus désirables dans un état plus neuf que neuf, à tel point que n’importe quelle sortie doit être un cauchemar de peur de salir ces bijoux. Les noms donnent le tournis: Jaguar, Alvis, Bentley, Rolls Royce, Porsche, Mercedes, Horch, Bugatti, Delage, Alfa Romeo, Maserati, Ferrari et j’en passe. Les prix aussi: le rêve se négocie rarement sous les 100.000 €, à moins de se contenter de choses qui détonnent dans le paysage, comme une Volvo 144, certes aussi parfaite que les autres, ou encore un magnifique Schnellaster affiché 18.500 €. Un coffre tendu de cuir estampillé Horch?  Il est à vous pour le prix sacrifié de 6.000 € (pratique pour ranger les couvertures, hein chou?), et si vous voulez une décoration de cheminée originale, une roue à rayon du même constructeur, aux chromes scintillants s’affiche à 2.500 €. Le pneu, la valve et l’équilibrage sont compris dans le prix? Au coin d’une allée, un petit orchestre joue des airs de ragtime, ambiance années folles de rigueur.

Pour trouver quelque chose de plus abordable, il faut s’écarter un peu des projecteurs : sur les cours extérieures ou à l’étage, on trouve les offres des particuliers ou des petits négociants. p1000886La Lamborghini Murcielago que nous avions vue le matin sur la route est définitivement inabordable, mais même les autres restent chères avec parfois des travaux conséquents à prévoir.

Et des Audi, il n’y en a pas? En cherchant bien, on finit par découvrir une réplique de Sport quattro groupe B, qui sera à vous pour la modique somme de 220.000 €. Nous y retrouvons d’ailleurs une tête bien connue, Etienne Robens, venu lui aussi en prendre plein la vue ce vendredi. Puis à l’extérieur, on tombe sur une ur-quattro à tirettes munie d’une longue liste de travaux récents affichée à plus de 28.000 €.

La pizzeria en folie

p1000833_retLa première journée est déjà derrière nous, le moment est venu d’aller nous installer pour la nuit, en chambre d’hôtes dont la propriétaire paraît très surprise que nous ayons survécu à notre séjour de l’année dernière en apprenant que c’était à son mari qui nous avions eu affaire. C’est vrai qu’il n’avait pas l’air stressé, mais on n’est pas non plus payés à la pièce.

Une table est réservée pour nous au restaurant du coin, un italien made in Germany où chaque chose doit être à sa place : les nappes tombent impeccablement, et chaque pli de la tenture a été soigneusement étudié. C’est le moment de mise en commun des impressions, des coups de cœur, des découvertes, l’ambiance est bruyante et joyeuse mais cela arrive à peine à dérider le patron qui, faut-il le dire, venait de frôler l’attaque en repérant une rondelle de citron qu’une des serveuses avait malencontreusement laissé tomber sur le carrelage. Il finira quand même par se détendre en constatant qu’après tout nous ne sommes pas pires que ses clients habituels. Il sera une heure très raisonnable quand nous regagnerons notre logement, il faut prendre des forces pour la journée du lendemain.

Approfondissons le sujet

p1170190Le deuxième jour, c’est surtout l’occasion pour chacun de revenir sur son péché mignon pour reprendre le titre de l’article. Certains ne jurent que par le flat 6, d’autres fouillent les stocks des vendeurs de documentation ou d’outillage, et je m’attarde près du stand Horch Classics duquel j’aurai du mal de m’éloigner. Il y a aussi les grands rallyes historiques, où on vous propose de jouer les gentlemen drivers au volant de votre ancienne dans des paysages grandioses. Et si vous n’avez pas d’ancienne, tout est prévu : ça peut même se louer.

Mentionnons aussi les curiosités, par exemple de l’ameublement ou de la décoration réalisés à partir de pièces d’avions, mais il faut quand même avoir une sacrée place pour le Wright R 3350 Cyclone de Lockheed Constellation. On trouve aussi quelques vendeurs de cuir ou de tweed très british, les inévitables miniatures et une chose dont on ne saisit pas très bien le sens : ça s’appelle Brutus, il s’agit d’un châssis de 1909 à transmission par chaîne auquel on a greffé un moteur d’avion V12 de 54 litres de cylindrées et 750 ch. C’est l’attraction du musée de Sinsheim, mais la vidéo ne dit pas dans quelle mesure c’est utilisable à autre chose que faire cuire des brochettes lorsqu’on ouvre le collecteur d’échappement. On la voit bien rouler avec un pilote qu’on croirait sorti d’Asterix chez les Goths, mais ça m’étonnerait qu’on puisse aller plus loin avec Brutus que caresser prudemment la pédale des gaz sur un ovale sous peine de se faire expédier sur orbite à défaut d’avoir vu le septième ciel.

Une dernière avant la route

p1170122Et on se rend compte qu’on n’a pas encore tout vu. Plongeons au sous-sol, dans les entrailles de la « Messe » comme on appelle cela ici pour découvrir une ambiance très American Graffiti: des danseuses en tenue d’époque se déhanchent au son tonitruant de Chubby Checker ou des Crystals, au milieu des hot rods ou Customs, Ford ’32 ou Chevy Bel Air. On peut aimer ou pas, n’empêche que l’ambiance vaut le détour, d’autant que l’absence totale de moquette et les murs nus donnent un petit air underground loin des salons aseptisés du rez-de-chaussée. Un peu plus loin, on a trouvé place pour un énorme Magirus avec sa mécanique refroidie par air et un non moins énorme Krupp. En les voyant, on se dit qu’on est vraiment très raisonnables avec nos berlines et coupés d’à peine 4,50m. Mais voilà, les pieds sont en compote, il est temps de refermer l’album Essen 2010 et de reprendre le chemin du bercail, la tête pleine de souvenirs pour une année entière.


Ont collaboré à cette édition 2010 de Techno Classica Essen :

p1170319_retJacques  (A genoux sous les quatre anneaux, tourné vers Ingolstadt, on a des visions de dessous entièrement neufs).

Patrick  (Suivez-le, c’est lui qui a la cagnotte pour les Wurst und gross Bier).

Arnaud  (C’est normal, ça fait toujours cet effet-là la première fois)

Jean-Pierre  (Et Micheline qui croit qu’on s’amuse !).

Philippe  (Ne le laissez pas seul, il va encore dénicher des merveilles on ne sait où).

Fage  (Le retour.  Et vous savez quoi ?  On ne nous l’a pas changé !).

Etienne « Le Titien » (Tu nous feras bien un petit article, hein ?).