Une certaine AUDI 80 GLS de 1980

0Ou un avant-goût des rallyes historiques

La pauvre, elle était loin de s’imaginer la vie qu’elle allait mener.

Ayant pourtant une jeunesse paisible auprès de ses premiers parents, elle gouttait à la vie calme de la Bourgogne. Conduisant régulièrement le patron d’une entreprise à son lieu de travail et assumant le rôle de voiture familiale durant une vingtaine d’année, sa fonction collait bien à sa ligne quelque peu bourgeoise.

La 80, avec ses allures de petite Audi 100, donnait entière satisfaction et bien au-delà du délai ordinaire auquel le commun des mortels décide de changer de voiture.
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C’est à ce sujet quelque chose qui me sidère de voir que des gens changent d’auto tous les 5, 4, voire 3 ans, de peur que leur engin ne défaille alors qu’il est, en réalité, à peine rodé. Mais je m’éloigne…

Notre bonne 80 devint donc une grand-mère appréciée, certes, mais quelque peu oubliée. Mon ami Fred voulut conjurer le sort fatal de l’oubli et bien lui en rendit puisque, grâce à lui et à ses soins, la 80 encore bien fraîche est entrée dans ma petite collection depuis le mois de mai 2009.

Je n’avais alors pas vraiment d’intention à l’égard de cette nouvelle venue. Mes premières attentions se portaient sur sa bonne tenue mais en valait-elle la peine ? Les premiers gestes, les premiers constats ont révélés que cette auto ne méritait certainement pas de disparaître et le souhait de Fred se voyait réalisé.

Il se fait que, dans le même temps, ma passion où plutôt la façon de la vivre est un peu en phase de transition. Ma collection et le club me donnent grande satisfaction mais je me rends compte qu’après 16 ans de restauration et d’attention sur mes engins, j’en profite relativement peu. Du moins, c’est mon sentiment…

Aussi, avais-je en début d’année pris l’initiative de faire d’avantage de rallyes historiques (orientation et régule), chemin sur lequel André Godechal m’avait mis involontairement.

M’inscrivant côté passager, je débutais sans autres prétention que d’apprendre un maximum avant de passer à l’acte sur le siège de gauche et avec pour volant celui de ma Ur Dakar toujours en chantier.

Lorsque l’Audi 80 croisa mon chemin, que celle-ci s’avérait être saine et agréable à conduire, il m’est apparu évident qu’elle pourrait assurer de manière instructive une période de transition. La modestie de son moteur consisterait certes un frein à l’aventure mais au diable le résultat, c’est le plaisir qui compte.

Du mois de mai au mois d’octobre, la 80 connut de multiple phase de remise en forme avec un entretien d’usage et des nouvelles pièces telles les amortisseurs (plus sport), freins arrière, carbu, instrumentation de rallye (trip, cadenceur, protège-carter…).

Elle fit un petit passage en carrosserie juste pour le fond de coffre et vécu aussi un petit lifting pour adopter des couleurs plus «rallye».
Pour l’occasion, il me plut qu’elle ressemble à ce qu’Audi fit jadis. Il est vrai que si c’est peu connu, la 80 type B2 connut une carrière sportive. A l’époque, notre chère usine d’Ingolstadt l’avait inscrite en Groupe 2. Le plus bel exemplaire se trouve au Mobile Museum. Bardée de larges bandes de couleur orange à rouge, élargie à tout va au niveau de ses passages de roue, la 80 s’exprime de belle manière. Cependant pour ma petite, cette déco me parait quelque peu excentrique. En outre, il s’agit d’une deux portes et crac… j’en ai quatre.

Le hasard a voulu que grâce au livre « Audi quattro, le succès sur quatre roues » de Jan-Henrik Muche, je tombe sur des images de la 80 quattro de Blomqvist en 1983 au rallye de Suède, et surtout sur le modèle civilisé qui en était issu et généré par Audi pour l’occasion.

Il s’agissait certes d’une quattro mais bien une quatre portes. J’avoue en outre que la déco, si elle est voyante, n’est guère tapageuse et colle bien à l’histoire d’Audi dans la discipline.

Le fait que l’engin soit totalement oublié titilla ma fibre du défi.

Qu’il en soit donc ainsi. Il restait à trouver le calibre des inscriptions, leur caractère, la forme des bandes de couleur et leur teinte réelle. Tout un travail de recherche à appliquer au fait que rien ne serait peint mais collé pour permettre toute réversibilité.

Les idées sont bien en place, il ne reste plus qu’à trouver l’artisan. En attendant, j’envisage déjà le passage à l’acte. Sa première sortie, elle la fit encore toute de blanche vêtue au travers du club bien entendu. Il avait droit à la primeur et ce fut fait à l’automnale. La 80 se caractérisa comme étant le jouet préféré des enfants et adolescents. Étant resté grand enfant, cette révélation me collait bien.

M’inspirant de cette belle aventure, je m’inscrivais avec l’aîné de mes fils, à notre premier rallye d’orientation. Il se déroulait dans les environs de Namur. Parmi les Porsche, MG, Austin, la 80 se faisait très discrète comme une invitée farouche.

L’aventure fut très positive, déjà pour mon fils dont c’était l’anniversaire et qui, pour la première fois, se livra au jeu du co-pilotage, et ce de belle manière. La 80 nous combla et en particulier moi qui découvrait le potentiel réel de l’auto. Elle est d’une agilité étonnante et si son manque de puissance est flagrant, il est relativement bien compensé par un comportement en virage exemplaire.

Me voilà donc confiant en cette petite 80 à qui je destine un avenir quelque peu turbulent. En octobre, soit cinq mois seulement après qu’elle n’ait été débarrassée de son cocon de poussière, elle prendra ses couleurs de rallyes. La voilà désormais prête à arborer fièrement les couleurs de notre marque préférée.

Pour sa première sortie sportive, je l’inscris à un rallye d’orientation. Modestement connu, le « Rallye Clair de Lune » en est à sa 6ème édition et regroupe les habitués de la boussole et de la carte. Mon ami Pierre (connut du club par son formidable « Dakar historique 2008 » avec une VW Iltis) sera mon copilote. Le rallye se déroule de nuit et une trentaine d’équipage (moitié en expert et l’autre en classique comme nous) est prête à en découdre. Cette fois, la 80 n’est plus timide dans le parc fermé. Les regards se retournent sur elle. Certains même lisent l’historique affiché sur le carreau arrière.

Le départ est donné et nous sommes dans les derniers à partir. Calmement, nous apprenons à déjouer les attrapes du roadbook avant de nous lancer corps et âme dans l’aventure. L’essentiel est tout de même de ne pas se perdre. Après avoir déjouer des notes mélangées et des cartes peu bavardes, nous nous complétons à merveille. La 80 est alors docile et accepte de tout faire, même rouler vite dans les lacets juste pour me faire plaisir.

Après la première boucle, nous sommes étonnés d’apprendre que nous sommes arrivés les premiers au poste alors que nous n’avons dépassé personne. Ceci ne présage en rien du résultat final mais cela augure au moins que nous nous sommes superbement débrouillés sur les chemins « piégeux » qui nous étaient préparés.

La seconde boucle est davantage vivante. La fatigue s’installe, Pierre est malade tant les virages se succèdent, la 80 fait une coupure d’allumage inexpliquée et le roadbook se corse encore sur la fin.

Le résultat nous comble avec rien de moins qu’une victoire. Comment aurai-je pu imaginer tel résultat ? J’avais là le meilleur encouragement pour la suite. La suite justement, elle est entrevue sur un rallye bien plus corsé. Il s’agit cette fois d’une régul’. Qu’est-ce donc là ? En réalité, vous reprenez en gros les ingrédients d’un rallye d’orientation, qui cherche à vous perdre (en un peu moins compliqué) et vous y ajouter la notion de temps. Il s’agit donc d’un rallye secret (puisque le road-book ne vous est donné qu’au moment du départ) et vous êtes astreint à rouler à une moyenne avoisinant les 50 km/h. Ce chiffre vous parait certainement faible mais réfléchissez un instant… Imaginez-vous que lors de nos « balades club », nous atteignons une vitesse moyenne habituelle de l’ordre de 35 km/h sans pourtant avoir l’impression de rouler comme des escargots. Imaginez dés lors qu’il faille rouler près d’une demi-fois plus vite, que les routes soient sinueuses, qu’il faille traverser des centres urbains, emprunter des chemins de terre et de pierrailles, que les spéciales ne font parfois que 4 km, avec éventuellement un arrêt-contrôle intermédiaire (ce qui vous donne trois points à vitesse « zéro »), que les temps de pointage fassent perdre un temps considérable, que l’on se trompe tant le road-book est difficile et qu’il faille donc refaire une partie du parcours, etc…
Bref, c’est l’enfer, et sincèrement, et au risque de paraître peu civique, il faut rouler « pied dedans » et quoiqu’il en soit, de manière peu avouable. C’est le jeu et c’est certainement pour cela que ce genre de discipline a tant de succès.

Pour mémoire, sachez qu’en Belgique, il y a par an +/- 100 rallyes pour véhicules anciens dont 20 de régul’; rendez-vous compte!

Pour sa première participation plus furieuse, la 80 est engagée au rallye « les Routes Ardennaises ». Le terrain de jeu sont les routes sinueuses des cantons de l’Est. Les grands noms du rallye sont là, avec Reuter et Vandervoorst (multiple Champion de Belgique), Rorive (idem), Daniel Pigeolet (idem), José Lareppe (ex-Champion de Belgique des rallyes de vitesse), Paul Fraikin (ancien pilote de rallye), etc…
Près de 60 équipages sont engagés dont nous : l’Audi, Pierre et moi.
Pour l’occasion, nous sommes accompagnés de nos amis Georges et Victor (Audi quattro) ainsi que Francis et Willy (BMW 1802).
Contrôle administratif et technique faits, nous prenons le départ pour deux boucles d’environ 130 km. Les voitures sont belles, le public est bien présent mais le temps est pourri. L’organisateur nous rappelle que c’est l’automne et qu’ici ça glisse à tout va. Le ton est donné!
Le temps de nous mettre à l’aise dans le parcours, notre équipe semble encore bien fonctionner. Nous passons à chaque fois dans les temps et pourtant sans vraiment forcer l’allure. Subitement le ton change et le roadbook se fait plus acerbe, les contrôles et les arrêts se multiplient, les spéciales plutôt que de faire 15 à 10 minutes se réduisent à 9 voire 6 minutes. Le rythme s’accélère!
Nous entrons alors dans une spéciale de 9 minutes. Les routes sont étroites, grasses, hyper-sinueuses et… « paf », on se trompe sur une note. Je dois faire demi-tour dans le noir total, en enclenchant la marche arrière, je constate que je ne vois absolument rien derrière. Je manoeuvre au hasard, mais déjà, il faut foncer car on a déjà perdu aux environs d’une minute. Là, pas le choix, il faut tout donner. Pierre me donne les instructions avec fluidité et concentration. Je donne tout ce que je peux et la 80 aussi. J’enchaîne les virages en retardant les freinages, en anticipant les accélérations, en arrondissant les virages comme je peux pour limiter les effets du manque de puissance, en prenant toutes les épingles au frein à main. La pauvre 80 en voit de toutes les couleurs, mais elle ne rechigne pas devant la tâche et ça marche! On arrive en effet à résorber tout le retard. Quelle auto!!! C’est un pur moment de bonheur qui me donne une bonne leçon sur son potentiel.

Bref, à la sortie de la première boucle, nous sommes peu pénalisés et faisons partie du haut du classement. J’avoue que là, on se prend au jeu et si au départ, on souhaite juste participer au rallye et le finir, soudainement, on passe du côté où tout est possible.

Nous abordons donc la seconde boucle, bien accrochés à un rêve possible.
Cependant, le roadbook se corse encore par la présence d’une carte lilliputienne pour un parcours géant. Et « bardaf », on se trompe de chemin. C’est un peu la panique et la situation est déconcertante, car aucune solution ne s’offre à nous… Si ce n’est un concurrent qui nous passe devant le nez. Nous lui emboîtons le pas et tentons de nous repérer. Enfin, le contrôle suivant est là devant, mais quelle est notre surprise de réaliser que ce n’est pas le bon. Nous avons, en réalité, sauté un poste de contrôle et là, ça se paie cash. On prend alors le maximum de pénalité et il est clair que d’un coup, on se retrouve en fin de classement.
Ce n’est pas un moment facile à vivre certes, mais rien ne sert de se prendre la tête, on est là avant tout pour s’amuser ; n’empêche, Pierre et moi gardons le réflexe de la concentration et perdurons à vouloir bien faire. Au moins, on apprend…
Malheureusement, le sort s’acharne et, en pleine étape spéciale (RT), Pierre doit vomir. Je m’arrête et Pierre se libère. Je vois déjà la Toyota Celica qui nous rattrape. A Dieu va, c’est ainsi que les choses devaient se faire.

Le courageux Pierre revient et il prend sagement le volant. A cette place, l’estomac est moins sollicité. Les rôles étant inversés, nous perdurons dans la tâche et étrangement, nous ne baissons pas les bras. La suite va s’enchaîner sans grande faute et Pierre prendra grand plaisir au volant de la 80 qui restera excellente.

Arrivé au point de concentration, on ne se fait plus d’idée sur le classement mais le principal est préservé: on s’est amusé comme des fous. Le résultat voudra cependant qu’il ne fût pas si mauvais et notre ténacité nous vaudra même une 18ème place et une 3ème de classe.

Décidément, pour ces premières tentatives, la 80 connaît déjà deux podiums. Quel engin!

Lors de cette expérience, j’ai remarqué que Pierre mettait, de temps à autre, ses mains autour des instruments pour les protéger du soleil et ainsi avoir une moins mauvaise lecture.
Un pare-soleil par-dessus les instruments s’impose donc. Comme je commence à le réaliser de plus en plus, rien n’est mieux que de puiser dans ce qu’Audi fit jadis. La solution m’apparaît alors toute simple (presque) en voyant les images (de 1979) d’une 80 Groupe 2. Audi avait disposé une seconde casquette de tableau de bord pour protéger les instruments. Ils avaient pour cela utilisé celle d’une anglaise car sa forme s’adaptait parfaitement à la partie droite du tableau.
Pour ma part et ayant un stock fourni mais pas illimité, j’ai fait avec ce que j’ai et ma foi ça ne donne pas mal. Dans la foulée, je mets un spoiler avant (d’origine) et ma monture ressemble désormais encore plus à son idole.

Après quelques vérifications d’usage, ma petite est donc désormais prête pour le rallye suivant : « le St Nicolas ». Ce rallye de « régule » se déroule le 05/12 dans le sud du pays. On sillonne là les routes de la basse Ardenne jusqu’à la Gaume. Pour cette épreuve, André Lys (bien connu du club et propriétaire d’une Ur quattro noire) me copilote.

La 80 GLS aura forte à faire sur ce rallye car le plateau s’annonce intéressant. Il y aura même Michel Perrin l’ex co-pilote de Carlos Sainz au Dakar et le terrible Willy Lux qui, sur Lancia Fulvia, est d’office un favori. Juste à mi journée, nous sommes au point de ralliement et les voitures arrivent en grand nombre. Nous serons 42 dans notre catégorie. La plus part sont des habitués. Pour cette épreuve, notre groupe d’amis s’est agrandi et nous comptons : Patrick Maréchal et Pierre Riga sur Golf GTi, André Godechal et Francis Lizier sur Ur quattro, Victor Guilmain et son frère sur BMW 1602 et Georges Tomsen et Willy Riga sur BMW 1602.

30 secondes avant le départ, on nous met le road book sur les genoux et le décompte se fait déjà. 5, 4, 3, 2, 1 et c’est parti. André et moi sommes très concentrés. J’essaie d’aller vite  mais toujours en primant mon attention sur l’écoute du copilote. André est lui voûté sur ses notes qu’il me débite à vive allure. Le rythme est rapide, vif et nous restons efficace, du moins à mon estime. Dans les spéciales (dite RT) nous devons tenir la moyenne. Les routes sont tellement sinueuses, étroites, boueuses qu’il est difficile à tenir cadence. Chaque arrêt fait dramatiquement baisser la moyenne et c’est pied au plancher qu’il faut précisément la retrouver. Avec la 80, c’est néanmoins faisable. Pas puissante mais agile et si équilibrée, elle aborde les sinuosités facilement et se laisse brusquer en oubliant qu’elle fut un jour une auto familiale.

Entre les RT, il y a les étapes CH (contrôle horaire). Il n’y a là pas de moyenne à tenir mais juste une heure à laquelle il faut arriver pile dans la minute. Paradoxalement, ce sont ces épreuves qui sont les plus rudes. C’est pourquoi dans ces zones, entre pilote et copilote, les tâches sont partagées et sériées clairement : le copilote s’assure être sur le bon chemin (il guide mais parfois tempère le pilote pour éviter les pièges) et le pilote met plein pot sans égards pour éviter les retards. Ce n’est qu’à l’approche in extremis de la fin de la liaison que le copilote fait le calcul pour savoir de combien de temps il faut attendre (si tout se passe bien) avant de passer la ligne d’arrivée.

Ca parait tout simple mais je vous assure que les avances dépassent rarement les deux minutes alors qu’on roule à fond. La gestion des « pipi » se fait à ce moment là car il n’y en aura pas d’autres.

La première boucle se déroule très bien. Partant relativement stressé, je me suis délié en prenant plaisir au volant. André reste tendu, tant il est concentré et au final sans connaître nos résultats, nos sommes satisfaits.

Nous rendons notre feuille de route et avons 15 minutes pour nous revigorer quelque peu. André n’en prend pas la peine et déchiffre la suite. L’organisation du St Nicolas est telle que dans ce ¼ d’heure, nous obtenons déjà nos résultats et quelle fut notre surprise d’apprendre que nous étions 2ème au général !!!
J’avoue que c’est une situation troublante car on se dit : « bigre, c’est possible » ! Mais à cela, André réagit comme le grand frère et élevant nettement la voie, il lance : « Allez, on se concentre » !

Nous repartons non loin de Daniel Pigeolet. Plusieurs fois champion de Belgique, il est ici juste derrière nous. La seconde boucle est de nuit. La donne est toute différente. Les contrôles de passage deviennent nettement moins visibles et le travail du copilote est encore plus drastique. Cependant pour l’occasion, j’avais équipé l’auto d’un éclairage de bord fort efficace. Le rythme reste fort similaire à la première boucle et donc à allure vive. Notre course folle reste efficace et très physique pour nous tous, y compris la 80 qui vole littéralement de virage en virage. C’est à ce point qu’à plusieurs reprises nous revenons sur certains concurrents. Le plus beau souvenir fut pour moi, la remontée sur la Porsche 944 de M. Paisse (Concessionnaire Audi en région Liégeoise) conduite par son fils. En ligne droite, la 80 n’avait rien à lui apprendre mais dans les passages sinueux, ma petite était imbattable… Bref, on est passé devant. Quel engin mes amis que cette petite 80 !!!

J’avoue cependant qu’au terme de cette deuxième boucle, j’avais les avant-bras tremblants. Il faut dire que sans direction assistée, le physique est sollicité… mais c’est le lot pour tous pilotes de voitures anciennes. On est tous à la même enseigne ! Nous n’avons alors toujours pas plus d’un quart d’heure pour récupérer et constaté que nous sommes désormais 5ème. Bref, c’est toujours extraordinaire pour nous et l’enjeu prend une réelle dimension.
Dans le brouhaha général, je tente de prendre nouvelle de nos amis. Pierre/Patrick restent traditionnellement stoïques et semblent être aussi bien dans le coup. Par contre, Willy et Francis, copilotes des deux autres voitures semblent un peu dépités… Mais, il faut déjà démarrer…

Nous repartons cette fois juste derrière Daniel Pigeolet. Il semble avoir des soucis de démarreur mais le renard à des ressources. C’est toujours très concentrés que nous repartons. André est voûté de plus belle sur le road-book pour tout déjouer et surtout faire valoir son expression favorite : « rester sur la route et s’assurer que c’est la bonne »… et ça marche. Le rythme effréné perdure et l’équipe tient le coût… jusqu’à cette satanée dernière spéciale. Là, on se fait piéger par le road book et une note semble soudainement insurmontable. Pourquoi, comment, ça reste un mystère… On perd alors un temps précieux et ratons de surcroît un contrôle de passage.
A l’arrivée, nous sommes donc un peu partagés. A la fois heureux d’une telle course mais persuadés d’être passés à côté de quelque chose, nous rejoignons nos amis pour un repas reconstituant. L’organisateur annonce alors les résultats et c’est la 10ème place qui nous honore. Malgré donc nos déboires de dernière spéciale, je reste heureux et ce, d’autant que sur les 42 équipages, seuls 26 seront classés. C’est dire le niveau élevé de l’épreuve !
Chez nos amis, les équipages André/Francis et Georges/Willy seront éliminés mais Victor et son frère finissent correctement.

Au final André et moi garderons donc de cette épreuve une grande satisfaction et mieux, un espoir non vain que faire mieux, soit possible !
Je pense donc qu’on peut réaliser de belle chose lors du rallye « Neige et Glace » (rallye de 3 jours et une nuit, dans le Jura) qui est notre objectif de l’année 2010.

En attendant, faire un check up de l’auto ne sera pas du luxe pour s’assurer quelque part la saison 2010 avec le moins de panne possible.

En décembre, le moteur est sorti et démonté littéralement. L’opération est salutaire car les segments étaient en bout de vie. Deux soupapes sont à remplacer. La culasse est déjà préparée: rabottée, conduits allésés et espaces autour des soupapes élargis pour améliorer les flux. Du tout beau travail !!!

Pistons, bielles… tout va bien mais la pompe à huile montrait aussi des signes de fatigue. Tout comme le démarreur qui était déjà d’un échange standard mais pas de qualité. Idem pour l’alternateur dont la poulie n’était pas la bonne.

L’embrayage était encore suffisamment épais mais, manifestement, j’ai du le griller dans les derniers rallyes. Le remplacement est donc heureux. Les vis platinées, quoique neuves étaient brûlées. En réalité, la bobine d’allumage n’était pas la bonne. Elle correspondait à un allumage électronique et donc donnait deux fois trop d’ampérage. Il était là aussi temps d’en changer.

Le tout remonté avant notre balade hivernale, j’ai l’occasion d’entreprendre le rodage du moteur dans des conditions relativement dantesques puisque la neige a décidé d’être au rendez-vous de notre dernière rencontre de l’année. Il y a bien longtemps qu’il n’y a plus eu autant de neige dans la région et à part les voitures de notre club, bien peu se hasardent sur les routes. 43 km doivent être franchis et j’avoue que c’est un délice au volant de 80 GLS. Son manque de puissance est littéralement gommé sur la neige et quoiqu’on sente vite les limites du « deux roues motrices », la 80 semble vouloir passer partout.

C’est pour moi une première expérience du genre et elle est de bon aloi avant d’aborder le terrible rallye « Neige et Glace » qui se déroulera en février 2010. Là, les conditions seront terribles. Les routes, bien entendu toutes enneigées, sont sinueuses, étroites et avec un degré de pente important tant en montées qu’en descentes. Et tout ça sur routes ouvertes.

Cette épreuve de trois jours est fort connue en France. Le maître d’organisation n’est autre que M. Zanirolli, ancien champion en rallye et qui, last but not least, roulait sur une VW Iltis lors du célèbre Dakar 80 ; l’année où VW connut le sacre (le monde est petit).

Pour l’édition 2010, nous serons vraisemblablement 3 équipages et pratiquement tous concernés par Audi Heritage (Une Ur quattro, une VW Glof GTI et notre 80 GLS).

La Belgique sera donc fort à l’honneur car notre présence grandit les rangs mais au delà de cela, il faut savoir que Willy Lux sera également cette de la partie. Vu l’actif du personnage, il va sans dire, qu’il est un favori tout désigné d’autant qu’il est encore dirigé par le copilote de Carlos Sainz qui, à l’heure où je vous écris, est au Dakar.

Il faut aussi se souvenir que l’édition 2009 fut remportée par Francis Dozo/Marcel Laval , encore des Belges… qui seront encore là cette année sur leur Opel Ascona 1.9! Il y aura aussi d’autres champions belges de la catégorie, tels Closjean et Rorife (BMW 2002 Tii), les frères Sorel (Volvo amazone), Deflandre et Gully qui jouaient la victoire l’an dernier avant d’abandonner, Malherbe/deCoeninck sur Porsche, Vandervoorst (multiple champion de Belgique) sur Kadett, etc…

Du côté français, les favoris sont aussi galonnés et je nomme principalement la présence de l’immense Henri Pescarolo qu’on ne présente plus.

Bref, la petite 80 aura fort à faire et, même si je la malmène, je lui souhaite d’arriver au terme de l’épreuve pour lui ajouter une sacrée page d’histoire.

En réalité, ma 80 GLS, c’est un peu une cendrillon devenue princesse. Pour moi, elle sera reine si elle arrive au moins sur la ligne d’arrivée… A suivre !